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Emma : après la charge mentale, la charge émotionnelle

Emma : après la charge mentale, la charge émotionnelle

L’an dernier, je vous parlais de Fallait demander une bande dessinée qui m’avait frappée, d’abord parce qu’elle était criante de vérité, mais surtout parce que l’auteure, la Française Emma, a réussi à illustrer très simplement un concept qu’on peine à expliquer depuis si longtemps, mais qui ne nous pèse pas moins : la charge mentale. Son discours a créé des remous au sein de bien des couples et redéfini les rôles qui incombaient à chacun. Qui n’a pas parlé de la charge mentale récemment au bureau, à la maison, au café?

 

Pour ceux qui ne sont pas au courant, la charge mentale, c’est le poids invisible des tâches de la sphère domestiques (ménage, organisation familiale, achats, repas, rendez-vous des enfants) que prennent sur elles les mamans partout sur la planète, souvent sans avoir de reconnaissance.

Quand elles explosent un bon jour, les hommes répondent bien souvent:

«Fallait demander, je t’aurais aidée!»

Cet automne, Emma récidive avec un troisième tome de sa série de bandes dessinées Un autre regard intitulé La charge émotionnelle et autres trucs invisibles. J’avoue qu’à la lecture des premières pages, bien que passionnantes, je n’ai pas eu le même coup de coeur qu’avec sa première oeuvre. La révélation est arrivée plutôt à la fin du livre, quand Emma revient sur le couple d’amis qui a fait germer l’idée de la charge mentale. Alors que la mère de famille avait raté le souper parce qu’elle en avait trop sur les épaules à gérer toute la maisonnée, son mari lui avait jeté un regard désapprobateur, sans avoir une fois proposé de l’aider.

Quelques jours plus tard, Emma a demandé à cette amie pourquoi elle n’avait rien dit à son mari. La réponse? Parce qu’en plus de gérer la majorité des tâches, elle prenait soin d’épargner l’humeur de son conjoint. Et vlan! La charge émotionnelle prenait vie dans mon esprit. Cet effort des femmes de mettre les sentiments des autres au-devant des leurs, vous l’avez? Je l’ai aussi!

Comme elle était à Montréal cette semaine, je l’ai invitée chez Dazmo pour enregistrer un balado. Nous avons parlé de la culture du viol, qu’elle aborde avec lucidité dans cette dernière oeuvre, de Trump, de la solidarité des femmes, ainsi que des répercussions de la charge émotionnelle sur la vie sexuelle, car à force de minimiser leurs pulsions émotives, les femmes risquent d’éteindre leurs propres pulsions animales.

«Je veux continuer d’être bienveillante, mais j’ai arrêté de rétrécir ma propre zone de confort au profit de celle des autres»

Emma est une femme de 39 ans à la curiosité bien aiguisée. L’observation est sûrement la clé de son succès d’ailleurs. Hors micro, elle m’a posé autant que question que je lui en ai posé en entrevue. Et même si elle est l’auteure prolifique de trois livres sur la condition féminine, il reste qu’elle a encore parfois des difficultés avec sa propre gestion familiale. En effet, avant de quitter pour Montréal, la Parisienne a dû reconduire son fils de trois ans chez le médecin au risque de rater l’avion, car son conjoint avait lui-même un rendez-vous d’affaires. Comme quoi on peut parfois être une féministe mal chaussée… Mais surtout que la nature bienveillante reste innée chez Emma, et c’est tant mieux pour ceux qui l’entourent et ceux comme moi qui ont la chance de croiser son chemin.

Emma sera l’invitée d’honneur au Salon du livre de l’Estrie les 12 et 13 octobre prochain. 

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